Dossier Tabou

Ils ont fait le choix de mettre fin à leurs jours…

Durée : 2min
Le droit de mourir et son cadre légal divise encore aujourd'hui l'opinion publique. Ainsi, chaque année, des Français partent en Belgique ou en Suisse pour mettre fin à leur jour. Ils sont euthanasiés ou ont accès à un suicide assisté. Dans ce dernier cas, c'est le patient qui s'injecte le produit létal sous le contrôle d'un médecin. Pendant un an, les caméras de « Dossier Tabou » ont suivi certains d'entre eux pour comprendre leur choix. Elles ont aussi sillonné la France pour découvrir comment la fin de vie est prise en charge dans notre pays.

Sylvie est atteinte d'un cancer incurable. Elle dit ne pas vouloir connaître ce qu'elle appelle « la déchéance ». Avec son mari, Bernard, elle prépare son euthanasie en Belgique. Pour trouver un médecin de l'autre côté de la frontière, elle est accompagnée par Claudette, une militante française de l'association pour le droit de mourir dans la dignité.

Au cours de notre enquête, nous avons découvert que l'euthanasie et le suicide assisté ne concernent plus seulement des patients atteints de maladie mortelle. Marie-Louise est française. Elle est âgée de 105 ans. Elle entend de moins en moins bien et voit mal. Fatiguée de vivre et se sentant « inutile », elle a souhaité en finir. Après de longues discussions, sa fille Yvette a accédé à sa requête : l'accompagner en Suisse pour un suicide assisté.

Hélène, elle aussi est française. Elle a seulement 75 ans et souffre de problèmes articulaires comme bon nombre de personnes âgées. Sa crainte : devenir dépendante dans quelques années et terminer sa vie en maison de retraite. Des médecins belges lui ont d'ores et déjà accordé le droit d'être euthanasiée. Le jour qu'elle choisira.

Aujourd'hui, en Belgique, une polémique naît entre les médecins. Peut-on continuer à euthanasier les personnes atteintes de troubles psychiques ? Emmy a 32 ans. Elle souffre de dépression et a fait plusieurs tentatives de suicide. Sa psychiatre lui a donné son accord pour qu'elle soit euthanasiée. Ariane Bazan, professeure de psychologie à l'université de Bruxelles, crie au scandale et veut faire changer la loi, trop permissive selon elle.

Pour comprendre pourquoi il existe une demande de légalisation de l'euthanasie en France, nous avons enquêté sur la prise en charge des malades en fin de vie dans l'hexagone. Au centre de soins palliatifs « La maison », dans le village provençal de Gardanne, des infirmiers et des médecins soulagent la douleur et accompagnent les patients dans leurs derniers instants. De nombreux malades qui arrivent dans ce centre expriment leur souhait d'en finir vite ; certains envisageaient même l'euthanasie à l'étranger. Mais une fois leur douleur bien prise en charge, ils changent d'avis. C'est le cas d'Alexandre atteint d'un cancer du poumon : il apprend désormais à profiter de chaque moment passé avec ses proches.

En France, la loi interdit l'acharnement thérapeutique et oblige les médecins à soulager la douleur. Il leur est possible de pratiquer une sédation profonde et continue pour éviter au patient de souffrir et de connaître une agonie. Les soins palliatifs ne sont pas assez développés. Moins de la moitié des malades qui devraient y avoir accès seraient pris en charge. Ce manque de moyens serait-il à l'origine de la demande de légalisation de l'euthanasie dans notre pays ?
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